La présentation qui déraille : les conséquences
Par Sophie Makonnen
Vous avez fait une présentation importante. Vous occupez un poste de gestionnaire depuis peu et vous êtes encore en train de trouver vos repères. Vous vous êtes préparé, peut-être pas assez, soit parce que vous avez sous-estimé l’ampleur de la tâche, soit parce que vous avez simplement manqué de temps, submergé par tout ce qui arrivait en même temps sur votre bureau.
Quelle que soit la cause, vous avez quitté la salle en réalisant que la communication n’avait pas été efficace. Vous avez perdu le fil, le stress vous a envahi et vous avez perdu le fil de la présentation. Peut-être qu’une question vous a complètement déstabilisé·e, sans que vous réussissiez à vous reprendre.
Vous avez envie de vous cacher, mais ce n’est pas une option : la journée est remplie de réunions, de courriels et d’appels.
Vous n’êtes pas seul·e. D’autres sont passé·e·s par là. Oui, cela arrive à tout le monde, même aux gestionnaires expérimentés, bien que ceux-ci en parlent rarement.
La question n’est pas de savoir si cela est arrivé. La vraie question, c’est ce que vous ferez dans les prochaines heures et les prochains jours.
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Après une présentation difficile, le réflexe est d’agir en envoyant un suivi, en s’expliquant trop longuement ou en s’excusant. L’adrénaline vous pousse à réagir. Résistez. Attendez quelques heures avant de faire quoi que ce soit. Les décisions prises dans cet intervalle ne sont souvent pas les meilleures. Une explication précipitée peut créer plus de confusion que le faux pas initial. Des excuses prématurées peuvent attirer l’attention sur quelque chose que personne n’avait peut-être remarqué. Un peu de recul vous aidera à voir plus clairement ce qui s’est réellement passé.
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Ce n’est pas la même chose, et les personnes nouvellement en poste les confondent souvent. Cela peut simplement vouloir dire que vous étiez nerveux·se parce que vous évoluez en terrain encore inconnu. Lorsque vous arrivez dans un nouveau rôle, vous n’avez pas encore assez d’expérience sur laquelle vous appuyer. Les personnes expérimentées en présentation se reprennent rapidement parce que le contenu et la salle leur sont familiers. Quand vous êtes encore en train de trouver vos repères, vous avez moins de points d’ancrage lorsque le stress monte.
Buter sur ses mots est inconfortable, mais cela ne veut pas dire que votre présentation était mauvaise. Une salle silencieuse peut être en train de réfléchir et non de vous écarter. Une question à laquelle vous n’avez pas pu répondre complètement ne signifie pas que votre argumentaire était faible.
Avant de juger de la gravité de la situation, soyez précis·e. Qu’est-ce qui, concrètement, n’a pas fonctionné : le contenu, la structure, la prestation ou le moment choisi? Identifier le véritable enjeu est essentiel, car on ne corrige pas de la même façon un problème de préparation et une maladresse de communication.
Votre perception a pu être plus sévère que la réalité.
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Parfois, un retour s’impose. Il se peut qu’un point important soit resté flou, ou qu’une action doive être confirmée. Il arrive aussi qu’une question n’ait pas reçu la réponse qu’elle méritait. Dans ce cas, allez droit au but, brièvement, idéalement dans un seul message ou une seule conversation. Énoncez ce qui doit l’être, clarifiez, puis passez à autre chose.
C’est généralement plus simple à l’interne. Avec des interlocuteur·rice·s externes, cela peut être plus difficile, voire impossible, ce qui constitue une contrainte différente.
Évitez de centrer le retour sur votre performance ou vos regrets. Dites ce que vous avez à dire, puis arrêtez-vous là.
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Toutes les présentations ne seront pas vos meilleures. Certaines seront réellement moins solides, et c’était peut-être le cas ici. Cela fait partie de la courbe d’apprentissage quand on arrive dans un nouveau rôle, et non la preuve que vous n’êtes pas à votre place. Reconnaissez-le, prenez du recul, et ajustez-vous. Mais avec mesure.
S’attarder trop longtemps à ce qui n’a pas fonctionné vous détourne du reste de vos responsabilités, et il vous reste beaucoup à faire. Après un faux pas, le réflexe est souvent de bâtir un plan d’amélioration complet : mieux se préparer, parler plus lentement, anticiper toutes les questions, répéter plusieurs fois, et ainsi de suite. Cela aide rarement. On ajoute de la pression sans gagner en clarté.
À la place, identifiez un seul élément concret à ajuster la prochaine fois. Un point sur lequel vous pouvez réellement agir. C’est suffisant. Trop corriger après un moment difficile alourdit souvent la présentation suivante, au lieu de la rendre plus fluide.
Vous pourrez vous concentrer sur un autre point une fois le premier bien maîtrisé.
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C’est plus important qu’on ne le pense. Plus vous évitez la prochaine réunion ou la prochaine occasion de présenter, plus cet épisode prend de l’importance dans votre esprit. Il prend de l’ampleur. Vous commencez à construire un récit qui a peu à voir avec ce qui s’est réellement passé.
Revenir rapidement devant les autres, même dans un cadre plus restreint, ne sert pas à prouver quoi que ce soit. Il s’agit d’éviter qu’un moment difficile ne se transforme en réflexe d’évitement. Rester visible après un faux pas contribue à vous remettre en confiance.
Une réunion difficile ne définit pas votre crédibilité comme gestionnaire. Ce qui façonne la perception des autres dans la durée, ce n’est pas le fait d’avoir trébuché, mais la manière dont vous avez réagi par la suite. Ce qui compte vraiment, c’est votre constance et votre capacité à rester engagé·e dans la durée, bien plus qu’une performance parfaite à un moment donné.
Une dernière chose. Ce texte ne s'adresse pas uniquement aux nouveaux et nouvelles gestionnaires. Les gestionnaires d'expérience trébuchent aussi, ou se convainquent qu'ils ou elles l'ont fait. Et quand cela arrive, ces pistes peuvent également servir.
Il est bon de souligner les réussites, mais il est plus important de tirer des leçons de ses échecs - Bill Gates