Comment faire entendre vos idées quand vous n'avez pas l’autorité

Par Sophie Makonnen

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Vous avez travaillé le sujet. Vous le connaissez. Vous arrivez préparé·e.  Et pourtant, vos idées sont ignorées, repoussées, ou pire, reprises plus tard par quelqu'un d'autre. Si cela vous semble familier, vous n'êtes pas seul·e.

D’après mon expérience, le problème vient rarement de la qualité de votre réflexion. Le succès d’une idée dépend moins du fait d’avoir raison que de la manière, du moment et des personnes avec qui vous la partagez. C’est une compétence qui s’acquière.

Certain·es savent naturellement lire la pièce, ou choisissent d’être prudent·es avant de prendre la parole. Mais la prudence, à elle seule, n’est pas une stratégie. D’autres partagent leurs idées avec enthousiasme et se demandent ensuite pourquoi elles n’ont suscité aucune réaction. Ni le silence ni le fait de passer inaperçu·e ne servent votre confiance ni votre carrière. La bonne nouvelle : vous n'avez pas besoin d'attendre d'avoir un titre plus important pour commencer à développer cette compétence. De mon expérience, trois choses font vraiment la différence.

En ptratique, cela demande un effort réel. Retenir sa parole quand on est prêt·e à parler, tester une idée avant qu'elle soit tout à fait mûre, choisir avec soin les personnes qu'on implique tôt dans la réflexion. Cela exige de l'humilité et la capacité d'anticiper avant même de prendre la parole.

Ce n’est pas nécessaire de parler plus fort ou de manque de préparation

Lorsque nos idées sont ignorées, notre réflexe instinctif est souvent d’insister en fournissant plus de données, une présentation plus convaincante ou une note plus détaillée. Cependant, et si le problème ne résidait pas dans l’idée elle-même, mais plutôt dans le contexte dans lequel elle a été présentée ?

À moins de participer à l’émission Dans l’œil du dragon (Shark Tank), personne n’attend d’être convaincu par la meilleure idée.  Les gens sont pris dans leur propre tourbillon de priorités, de pressions et de relations.  Dans ce tourbillon de demandes et d’obligations, arriver à l’improviste avec un nouvel angle ou une nouvelle idée peut passer inaperçu, voire être perçu comme une tâche supplémentaire à gérer.

Avant votre prochaine réunion ou conversation, essayez de changer la question.  Au lieu de vous demander « comment est-ce que je présente mon argumentaire, comment est-ce que je les convainc », demandez-vous plutôt « de quoi cette personne ou ce groupe a-t-il réellement besoin en ce moment, et comment mon idée y répond-elle ? » Ce simple changement de perspective transforme votre façon de vous présenter et d'être entendu·e.

Le moment compte autant que le contenu

Même une idée remarquable peut échouer si elle est présentée au mauvais moment. Il ne s’agit pas nécessairement d’un désaccord, mais plutôt d’une salle qui n’était pas réceptive à une nouvelle perspective. L’atmosphère dans la pièce n’était peut-être pas propice à l’innovation, ou bien la conversation avait déjà progressé et la décision était déjà en train d’être prise.

Savoir lire le moment n’est pas une question de passivité ou d’attente indéfinie.  C’est porter attention à l’endroit où en est une discussion avant d’y intervenir. Le groupe a-t-il encore besoin de clarifier le problème ou a-t-il déjà trouvé une solution ? Y a-t-il des tensions à apaiser en priorité ?  Est-ce le moment de partager vos idées ou de simplement écouter les autres ?

Si vous sentez que la salle n’est pas prête, vous avez des options. Poser une question plutôt que faire une affirmation.  Reconnaître ce que les autres ont dit avant d'introduire votre angle.  Ou choisir de soulever votre idée dans une conversation plus restreinte avant de la porter à un groupe plus large.  Cela ne diluera en rien votre contribution.  Au contraire, cela augmentera les chances qu’elle soit vraiment entendue.

Vous n’avez pas besoin de convaincre tout le monde. Vous avez besoin des bonnes personnes.

L’influence consiste rarement à rallier tout le monde en même temps. Ils consistent plutôt à créer une initiative avant même le début de la réunion. Les professionnel·les qui font régulièrement entendre leurs idées ne sont pas nécessairement les plus vocal·es. Souvent, ce sont celles et ceux qui ont fait le travail discret en amont.

Cela signifie identifier qui dans votre organisation sera probablement réceptif·ve à votre idée et en parler avec cette personne en premier.  Non pas pour faire du lobbying, mais pour réfléchir à voix haute, obtenir un retour honnête et laisser la personne s'approprier l'idée avant qu'elle ne devienne une proposition formelle. Les points de vue extérieurs contribuent grandement à la conception de bonnes idées.  Vous aurez toujours une idée plus robuste si vous avez eu le courage de la partager, de la tester et de l’enrichir en intégrant de nouveaux angles.

Cela dit, le moment est toujours crucial, même dans votre petit cercle. Divulguer vos idées trop tôt, avant qu’elles ne soient suffisamment mûres, peut entraîner leur rejet prématuré.  Quand votre réflexion est prête, les personnes que vous avez impliquées en cours de route deviennent votre premier cercle de soutien. Quand quelqu’un a contribué, même modestement, à façonner une idée, cette personne sera bien plus portée à la défendre lorsque cette idée sera soumise à un groupe plus large. 

Tout le monde n’est pas la personne idéale pour discuter à haute voix d’une idée. Certains s’approprieront l’idée. D’autres vous aideront à la porter.  Avoir la capacité de distinguer ces personnes fait partie du développement de cette compétence.

Il y a une dernière chose que vous devriez savoir : vous devez vous entourer d’allié·es. Sans eux, comment espérer prospérer dans une organisation ? Toutes les personnes autour de vous ne joueront pas ce rôle. Il arrive que celles dont on attend le plus de soutien, y compris un·e supérieur·e hiérarchique, ne soient pas celles qui le fournissent. Souvent, cette situation reste tue. Cela ne signifie pas que vos idées n’iront pas loin.

Cela signifie qu’il faut être intentionnel·le quant aux personnes que vous impliquez tôt dans votre réflexion, celles qui vous aideront à la porter et celles qui prendront la parole pour vous quand vous n'êtes pas dans la pièce. Il ne s’agit pas d’avoir un grand réseau, mais de trouver les bonnes personnes. Construire ce type de soutien n’est pas une question de politique de bureau. C’est ainsi que les idées avancent, même dans les méritocraties.

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